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vendredi 18 mars 2011

PARTIE A BORNEO : VII , SIX ANS PLUS TARD

SIX ANS PLUS TARD
1989

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Six ans et deux enfants plus tard Swee Ann et moi vivions en propriétaires dans une maison à un étage qui se trouvait au lieu dit « Seventh Mile » (le 7 ème Mile). L’habitude de nommer les lieux d’après le numéro de la borne correspondante remonte au XIXème siècle alors que régnait le Rajah Charles Brooke surnommé « l’architecte ». A cette époque là les distances étaient calculées à l’anglaise, soit en miles, à partir de la cour de justice de Kuching. De nos jours on parle encore du marché de « Third Mile » (3ème Mile), du bazar de « Tenth Mile » (dixième Mile), d’une ferme de « Twenty Fourth Mile » (24ème Mile), ou encore de la station essence de « Fifty Second Mile » (52ème Mile).
Lorsque nous rencontrions quelqu’un en ville qui  nous demandait : « Vous habitez où ? » Nous répondions : « A Seventh Mile… » Ce qui nous valait invariablement un air goguenard et toujours la même boutade: « Yah Gah ! A l’hôpital des fous ? ».
C’est vrai que l’hospice était à quelques centaines de mètres à peine de chez nous et qu’à l’époque la borne numéro sept représentait encore la limite de la zone sûre où s’aventurer la nuit tombée. Au bout de seize ans de paix on parlait encore des communistes ; après plus de cent ans on parlait encore des coupeurs de têtes ! Peu importe si « Seventh Mile » a toujours été un comptoir de commerce chinois très prospère. En fait les kuchinites avaient peur de tout et « Seventh Mile », surtout la nuit, était devenu l’épitomé de toutes leurs phobies : les fous qui rodaient en toute liberté ; les coupeurs de têtes à l’affût de crânes pour compenser leurs dieux pour tous les nouveaux édifices en construction ; quelques rôdeurs communistes qui seraient restés sérieusement mal informés et sacrément obstinés malgré la paix de Sri Aman…

Souvent lorsque nous rentrions de Kuching le soir en voiture et que nous passions devant le cimetière chinois de « Six and Half Mile » (sixième Mile et demi) je pouvais rarement résister à l’envie de ralentir et d’ouvrir grand les yeux dans l’espoir d’apercevoir la jeune fille dont nous avait parlé notre ami Wilfred qui était un homme très sérieux et à cheval sur l’exactitude des faits puisqu’il était inspecteur de police. D’après lui la jeune fille en question avait pour habitude de prendre le taxi à la sortie du cinéma en ville et de se faire déposer devant le cimetière. Les chauffeurs de taxi étant encore plus superstitieux que le commun des mortels, (...)

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dimanche 27 février 2011

PARTIE A BORNEO: VI – LA VIE D'EXPAT


Les photos illustrant le ebook sont au bas de la page...

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« Les voyages forment la jeunesse ».
« Et ils détruisent le bigotisme et les préjugés » m’avait un jour répondu un photographe américain qui était venu explorer Bornéo à travers l’objectif de son Nikhon. Il avait sans doute raison de penser que ceux d’entre nous qui partent découvrir, ne serait-ce que pour quelques jours, une région ou un pays qui leur est étranger, subissent un changement subtil dans leur façon de percevoir le monde au delà de leur zone de confort culturel. Pour les épouses ex-pats, par contre, venir vivre au Sarawak c’est pénétrer confiante en suivant son mari dans un univers pour le moins déconcertant où les préjugés ont la vie dure contre la compréhension et l’humour.

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"PARTIE A BORNEO"
              

 
"Jacinta était venue à mon secours armée d’une énorme paire de ciseaux"
En orange, c'est Jacinta.

Picsous en quarantaine de six mois avant de pouvoir vivre au Sarawak.

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vendredi 11 février 2011

PARTIE A BORNEO: V – HOME A KUCHING


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Les photos illustrant le ebook sont en fin de page...

Dés mon départ de Marseille, je m’étais crue tout à fait consciente de la réalité de ma situation et de ses conséquences à venir: j’allais devoir m’adapter au climat, à la langue, aux mœurs et au reste qu’il m’était bien sur impossible d’imaginer.
Les souvenirs encore tous frais de mon voyage de familiarisation à Kuching n’étaient pas vraiment encourageants, en particulier les moments difficiles avec ma belle famille et les amis de Swee Ann. En considérant ma situation sous le meilleur angle, j’allais repartir prévenue que le pari n’était certainement pas gagné d’avance. Comme celui d’un chat échaudé mon instinct était en alerte rouge même si j’étais prête à devoir faire beaucoup de concessions.
J’étais certes chargée d’intentions fort courageuses mais à la réflexion, que fallait-il que je change? Comment changer ? Et par quoi commencer ?  Jusqu’à quel point doit-on changer pour s’intégrer sans se perdre soi même ?

Tandis que devais m’adapter à un nouveau pays, Swee Ann quant à lui n’avait jamais vécu sans être entouré ou assisté. Il avait grandi dans une pension construite au milieu de la jungle, puis il s’était retrouvé dans un collège caserne à Jakarta, en Indonésie et finalement à bord d’un navire. Une chose était désormais certaine, je ne pouvais pas espérer beaucoup de conseils de mon mari. Tout bien considéré, la démarche de Swee Ann allait être à l’opposé de la mienne : j’étais prête à manquer de tout ; il avait presque tout à découvrir de la vie, à commencer par les transactions bancaires en lieu d’espèces pour acheter une voiture, notre voiture, un coupé Mazda bleu foncé, le top en vogue, deux portes et sans clim.

Ma première « mission impossible » avait été de m’installer at home. (...)

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L'abominable cicak de Borneo

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"il s’était retrouvé dans un collège caserne à Jakarta"
Swee Ann est a gauche
A droite, "Super Voisine" Jacinta Lee


Picsous en quarantaine veterinaire de 6 mois. Tres bien traite.

"Pendant la semaine j’allais m’achalander en légumes, poissons et crevettes au marché de la grande-mosquée qui était toute petite."

Les Samedi soirs ou les Dimanche matins, je manquais rarement de me rendre au Sunday Market surnommé « marché de la jungle »

Dès le Samedi midi, les étalages abrités par des bâches blanches rayées rouge et bleu ou  vert retrouvaient leur emplacement hebdomadaire sur Satok Road et dans ses ruelles transversales. Là où un étranger aurait pu voir une immense cohue il y avait un ordre et une logique bien établis entre vendeurs de viande, de volaille et de poissons qui se retrouvaient sur Satok Road même, avec tout au bout un coin pour la chasse.

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lundi 31 janvier 2011

PARTIE A BORNEO : IV – PAQUES CHEZ LES IBANS


Les photos illustrant le ebook sont en fin de page...

Mon profil d'auteur

 L’Institute of Technology Mara (ITM) m’avait semblé être le choix idéal pour ce que les américains appellent une « win-win situation » ; autrement dit j’avais besoin d’eux et ils avaient besoin de licenciés en anglais, comme moi. J’avais donc été convoquée pour une entrevue à laquelle je devais me présenter avec mes diplômes. Le jour dit je m’étais retrouvée assise sur une chaise en bois au dossier parfaitement raide, placée de manière stratégique au milieu d’une salle, face à une rangée de bustes masculins dont le reste du corps était dissimulé par la nappe en feutrine vert foncé qui recouvrait la table derrière laquelle ils étaient assis. L’image du Dernier Souper m’était furtivement venue à l’esprit; j’espérais ne pas être la pièce de résistance. 
Malgré ma position de vulnérabilité, j’avais refusé de me laisser intimider, pas même par le « colonel » en uniforme vert sauterelle garni de galons dorés. Le pompon rouge qui pendait de son béret devait certainement le chatouiller et je peinais pour lui, toutefois c’était un détail qui avait réussi à dédramatiser la scène dont je faisais partie; je me rappelais qu’après tout il ne s’agissait pas d’un interrogatoire mais d’une entrevue à laquelle je participais de mon plein gré pour avoir postulé à un poste de professeur d’anglais. Quant au « colonel » il m’avait l’air de s’être échappé d’une fanfare.
Ces hommes tout à fait sérieux avaient fait le voyage depuis Kuala Lumpur, pour évaluer les candidats. Ils avaient commencé par me poser quelques questions sur les conjugaisons et je me souviens les avoir semés dans ma réponse enthousiaste sur des différences entre le past perfect simple et le past perfect progressive. 
Ils me demandèrent ensuite, sans doute pour se venger, d’expliquer pourquoi les anglais prononcent « but » « bat » et « put » « pout ». A dire vrai, je n’en avais aucune idée alors et comme depuis je n’ai jamais eu assez de temps à perdre pour chercher la réponse à cette question je l’ignore encore.
Mes interrogateurs attendaient pourtant une réponse qui allait peut être décider de l’obtention de mon poste. Enfin j’avais choisi, en toute honnêteté, de laisser parler mon bon sens ; que le rôle d’un enseignant n’est pas de tout savoir et qu’au contraire le fait d’ignorer la réponse à une question peut être l’occasion d’inviter les étudiants à la participation. Ma réponse avait creusé un fossé immédiat entre ma chaise et la table de mes juges.
« Vous admettez devant vos élèves que vous ne savez pas ? !» 
Pour des hommes qui aimaient parader en uniforme alors qu’ils n’avaient sans doute jamais fait partie de l’armée, c’était du jamais vu, du jamais entendu. Je devais venir d’une autre planète, la planète Perancis, prononcer  pérantchiss, France.
« En Perancis on ne parle pas l’anglais, kah ? »
« Vos diplômes, ils ne sont reconnus qu’en France, kah ? »
Ce n’était pas le moment de perdre mon cool :
« Les diplômes d’universités françaises sont reconnus internationalement, Sir. »
« Pas en Malaisie, lah. »
J’avais eu la sagesse d’en rester au « no comment » ; fin de la conversation, « exit » Annie. Toujours optimiste, je leur avais néanmoins laissé les photocopies de mes diplômes.

Quelques jours plus tard quelle n’avait été ma surprise que de recevoir un message téléphonique transmis par une voisine : je pouvais passer à l’Institute pour prendre mon emploi du temps. Cocorico !
A ITM j’enseignais la grammaire anglaise aux jeunes bumiputras (malais et dayaks) pendant la journée et la rédaction administrative aux adultes le soir.
Mes élèves s’appelaient Mohamad, Kennedy, Mendelssohn, Rentap (héro Iban) et même Hitler. Ils n’étaient pas du genre studieux mais ils étaient tous adorables et respectueux, même Hitler.
Tous les campus d’ITM n’offraient pas les mêmes diplômes et celui de Kuching attirait aussi des Malais de la péninsule et des kadazans du Sabah.
Les Sarawakiens apprennent très jeunes à pratiquer l’art de l’hospitalité dont ils sont très fiers. Mes élèves dayaks n’avaient pas voulu laisser les malais du continent ni les sabahans repartir de Kuching sans leur avoir d’abord offert le grand tour : un séjour dans une longhouse iban. Dès le mois de février j’avais été conviée à une grande réunion organisée et présidée par Rentap et ses copains de classe ibans. Le comité était tombé d’accord sur une date : le week-end de Pâques.
Ma mission, si je choisissais de l’accepter, allait être de me charger de la logistique. Mon enthousiasme était à son maximum rien qu’à l’idée de partir chez les dayaks et j’avais accepté immédiatement sans savoir exactement ce à quoi je venais de m’engager. Grâce à Rentap et à son équipe j’allais enfin découvrir Bornéo au delà de Kuching. (...)

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"le comité d’accueil nous attendait au pied du tangga, l’échelle d’accès creusée dans un tronc dont le haut est sculpté en forme de tête."
LeTangga
puah kumbu
"les cranes des ennemis vaincus en combat."

« Vous admettez devant vos élèves que vous ne savez pas ? !» Avec mes eleves "uniformises" de l'Institute of Technology MARA. Eux en quaki et moi en zebre pour une classe d'anglais.


Mes élèves dayaks n’avaient pas voulu laisser les malais du continent ni les sabahans repartir de Kuching sans leur avoir d’abord offert le grand tour : un séjour dans une longhouse iban.


Batu Lintang m’était apparu comme une agréable surprise au milieu d’une campagne fertile cultivée avec grand soin où le verger était le point de fierté pour tout le village. La longhouse qui avait été construite en belles planches récupérées au défrichage se dressait sur fond de jungle sur des pilotis en belian, le bois de fer de Bornéo.


Grâce à Rentap et à son équipe j’allais enfin découvrir Bornéo au delà de Kuching. Tony Rentap et sa grand-mere.
Le foyer de la cuisine était soutenu par un grand échafaudage à deux étages fait de grosses branches solides. Minah dans sa cuisine
Je me suis portee volontaire pour la corvee de vaisselle du bout du monde.
En trois enjambées Lonnie le troubadour s’était retrouvé avec sa guitare sur un rocher plat qui surplombait la cascade ; nous avions enfin eu droit à la baignade et en musique ! Norifa en T.shirt orange.

A vrai dire je n’avais aucune idée du protocole vestimentaire pour aller se baigner dans la rivière, toutefois je me doutais que le port du bikini n’était pas en vogue ici.
[...] le pique- nique qui en un rien de temps était devenu l’affaire des garçons organisés en deux équipes spécialisées : les ibans au feu de camp et les malais à l’abattoir improvisé au bord de la rivière.



"Les nattes que j’avais aperçues servaient à faire sécher des graines sur le tanjong"
Je m’étais retrouvée véritable princesse iban assise sur un trône qui n’était rien de moins qu’un énorme gong ancestral, le prix de quelque échange de grande valeur avec des commerçants chinois d’antan.


"PARTIE A BORNEO" est en ebook

lundi 24 janvier 2011

PARTIE A BORNEO : III – Les Sarawakiens


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A notre débarquement du Bunga Permai nous avions eu à peine deux semaines pour nous organiser à Kuching. Swee Ann devait retourner à Jakarta pour obtenir son certificat de chef mécanicien. Son absence allait devoir durer trois mois durant lesquels il me faudrait trouver et m’installer dans une maison, apprendre à conduire à gauche et trouver un emploi. En bref j’allais devoir me débrouiller seule et apprendre à vivre dans un monde culturellement, linguistiquement et climatiquement étranger ; autant me parachuter sur une autre planète !

Sur la planète Sarawak doc, j’étais devenue une espèce rare ; quelques australiennes, trois ou quatre néo-zélandaises, une suisse, une bonne douzaine d’anglaises, écossaises et irlandaises, une espagnole et quelques autres européennes ; toujours des femmes souvent isolées dans le fin fond du pays et un anglais qui travaillait à Kuching.
Nous étions toutes classifiées ang moh tcha boh  (femme aux cheveux roux) et l’anglais ang moh tah poh (homme aux cheveux roux) par la communauté chinoise. Le fait que je suis très brune n’y a jamais rien changé. Les premiers européens débarqués en Chine (sans doute après Marco Polo) étaient à parement tous roux. Cette notion caricaturale de l’européen avait rapidement pris racine commune dans les esprits et avait fait son chemin jusqu'à Bornéo et ailleurs au gré des migrations.
En Malaisie les caucasiens ont droit à plusieurs surnoms qui varient d’un dialecte à l’autre. L’un d’eux  toute fois, est devenu universel d’un bout à l’autre du pays, de la péninsule jusqu’à Bornéo: « matt salleh ». Je voulais en savoir plus sur cette étiquette de « matt salleh » ; je m’étais finalement rendue compte qu’à peu près tout le monde en avait oublié la véritable signification. Le mérite historique d’avoir enrichi le vocabulaire régional revient, semble t-il, aux premiers marins anglais à avoir fait escale ici. D’après les « on dit » qui vont bon train, en ce temps là où l’île de Bornéo avait la réputation d’être particulièrement inhospitalière, les anglais seraient arrivés complètement ivres, sans doute d’avoir cherché dans le whisky le courage d’obéir aux ordres de débarquer chez les coupeurs de têtes. On dit qu’une première impression est souvent la bonne ? Avec l’accent local le « mad sailor » (marin fou) est devenu « matt salleh » pour le rester à jamais. Tous les caucasiens sont donc des « matt salleh » grâce à une poignée de marins ébriétés.
Femme (ou homme) aux cheveux roux, « matt salleh »… hors mis les appellations décidément incontrôlées, nous sommes reconnus dans la langue nationale de Malaisie, le bahasa Malaysia : « orang putih ». Nous sommes de personnes blanches !
Ces références, certes raciales, sont toute fois rarement racistes et souvent même remplies d’affection. Inutile de prendre offense. Ici on appelle un chat un chat, je suis blanche, un chinois est un chinois etc. (...)

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"PARTIE A BORNEO"

Le Bunga Permai
"James Brooke, l’aventurier anglais qui était devenu Rajah blanc du Sarawak"
Le Rajah "Charles Brooke avaient encouragé l’immigration des chinois"

Les "penans, un peuple nomadique dont le reste du monde extérieur a découvert l’existence grâce au Suisse Bruno Manser"

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lundi 17 janvier 2011

PARTIE A BORNEO : II-9, LE VOYAGE - Tokyo

Tokyo : Mon premier Typhon

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Ma vie à bord du Permai avait pris des airs de routine ponctuée par les escales. C’était un espace limité, certes, mais pour un navire de commerce c’était un bâtiment de luxe. J’allais régulièrement à la salle de sport et je profitais de la piscine couverte. Le grand carré aux murs garnis de mosaïques avait aussi un coin de réunion pour les parties de jeux de société et les séances vidéo. Je me souviens qu’un documentaire sur «  Les Prédictions de Nostradamus »  avait fait le plein. Un grand débat s’était engagé sur qui pouvait bien être l’homme au turban bleu qui allait lancer des missiles sur l’Amérique et réduire l’humanité à quelques millions d’âmes et ce en 1994. Le seul homme à turban bleu célèbre parmi notre groupe était un journaliste de télévision malaisien, un sikh et l’équivalent de notre PPDA national. Les imaginations allaient bon train : le sikh allait-il être licencié par sa chaine et dévoré par un esprit de vengeance formidable il allait réussir à détruire le monde à coup de nukes (armes nucléaires)? Tout ca parce qu’on lui avait retiré le micro ?
Dans le monde entier et dans chaque grand port les marins qui débarquaient avaient le droit de séjourner au Club des Marins qui offrait aussi des activités sportives et récréatives (comme a Göteborg), sans parler d’un bar fort apprécié (je pense à la bière des Philippines San Miguel servie au Club de Hong Kong). Un service de location de cassettes vidéo nous permettait d’alterner les soirées cinéma, les jeux et les fondues sur fond de guitare entre amis dans notre cabine. Les cassettes devaient être retournées à la prochaine visite du navire. Ce système permettait à l’équipage international de voir non seulement des films en anglais mais aussi en d’autres langues selon le pays de location.

Parmi les épouses d’officiers j’en étais venue à détenir le record de durée de « service » juste après la femme du commandant. Madame d’llemos était anglaise ; les autres étaient asiatiques et mamans de jeunes enfants qu’elles ne pouvaient pas abandonner trop longtemps aux soins des grands-parents. Katijah qui était aussi une jeune mariée avait profité de l’embarquement de son mari pour le suivre en voyage de noces, elle avait donc tout le temps pour profiter de son aventure et découvrir le monde au-delà du microcosme singapourien avant de devoir se consacrer à des devoirs d’épouse plus sédentaires.
Nous étions devenues très bonnes amies, surtout depuis Hambourg. Au départ de Pusan j’avais remarqué qu’elle n’était pas aussi gaie qu’à son naturel. Elle m’avait enfin confié qu’elle était sans doute enceinte et que la nouvelle venait beaucoup trop top pour elle et pour Anas qui n’avait pas encore terminé sa formation pour devenir capitaine. « J’ai besoin de cognac et c’est urgent ; aurais-tu une bouteille à me passer ? 
-L’alcool n’est pas une solution (je pensais à son état émotionnel).
-Ce n’est pas pour oublier, l’alcool très fort est une méthode traditionnelle pour
avorter .» (...)

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"PARTIE A BORNEO"


Le Bunga Permai
« Katijah qui était aussi une jeune mariée avait profité de l’embarquement de son mari pour le suivre en voyage de noces »
"un musée de cire où nous nous étions prises mutuellement en photo en compagnie de Gengis Kahn"
"Le Japon est un autre monde mais un monde accueillant où je m’étais sentie à l’aise, un monde dont je ne cesserai jamais d’aimer le souvenir."


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mardi 11 janvier 2011

PARTIE A BORNEO : II-8 – LE VOYAGE - Pusan

Pusan: le  rush d’adrénaline

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 A Pusan en Corée du sud j’avais débarqué seule. Swee Ann avait du travail aux machines et j’avais entendu dire qu’on pouvait trouver en ville des meubles et des bibelots aux motifs incrustés de nacre. Je comptais aussi m’acheter une veste chaude et la Corée offrait un rapport qualité prix très intéressant pour ce type de vêtements. J’avais fait appeler un taxi et j’étais partie avec l’adresse de retour dans ma poche. Les sièges du taxi avaient déjà servi une longue vie de courses et le rembourrage avait disparu depuis longtemps; j’étais assise sur un banc. J’avais été particulièrement intriguée par la présence d’une barre en acier fixée à hauteur d’épaule du chauffeur juste au dessus des dossiers des sièges avant. J’avais réussi à communiquer ma destination et le taxi avait démarré sans plus attendre. En quelques minutes nous nous étions enfoncés dans un tunnel. Un rapport ponctuel des événements préciserait que nous avions foncé dans un tunnel. Dans le rétroviseur je pouvais juger de l’expression de mon chauffeur et j’avais compris qu’il ne me dirait pas un mot jusqu’au bout de la course. Le visage reflété dans le miroir était celui d’un soldat en mission : délivrer paquet à destination - éliminer toute adversité. L’ennemi c’était tous les autres véhicules, y compris les super-poids-lourds qui roulaient devant nous ou ceux en provenance inverse. Il n’avait peur de rien mon GI Joe coréen ; les lignes blanches, simples ou doubles ne le concernaient pas et j’étais bien trop tétanisée pour avoir remarqué un seul feu rouge. Quand nous nous sommes finalement retrouvés en train de dépasser un camion-cylindre, mon chauffeur était couché aplati sur son klaxon, le regard inflexible fixé sur les pleins feux du 10 tonnes qui nous arrivait droit dessus en faisant hurler son avertisseur monstrueux. La raison d’être de la barre en acier m’était apparue dans un flash ; je m’étais cramponnée, pas un muscle qui ne fut prés pour l’impact imminent tandis que j’enregistrais la scène délirante qui se déroulait devant mes yeux écarquillés.
Mission réussie ; je croyais au miracle ! Enfin nous étions vivants.
Je m’étais enfin retrouvée debout sur mes deux jambes tremblantes dans la grand rue commerçante, une prière au cœur : « Saint Christophe protégez moi pour le voyage retour ! ». (...)

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lundi 13 décembre 2010

PARTIE A BORNEO : PART II -7 – LE VOYAGE – Hong-Kong

Hong-Kong : un rêve réalisé 
 
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J’ai toujours eu dans ma tête des images de cartes postales de Hong Kong : depuis le haut d’une colline la vue sur la baie et le port où flottent des centaines ou peut être même des milliers d’embarcations et bien sûr la jonque de carte postale. Le sommet de la colline c’est Victoria Peak. On y accède, surtout les touristes par un funiculaire qui progresse quasi-verticalement d’une station à l’autre. Il y a aussi une route d’accès sinueuse qui dessert les propriétés de millionnaires dans un pays où la population vit dans des tours, compactée dans de petits appartements dont les fenêtres et les portes sont doublées de grilles cadencées. En haut on croise les Rolls et les Bentley, en bas on s’écrase dans les double deckers, les bus anglais à étage, ou encore dans le métro. Nous avions pris le funiculaire pour monter voir de visu la scène classique de tant de films de cinéma. Quelle aventure ! Par quel jeu de la vie m’étais-je retrouvée à Hong Kong, en haut de la colline, avec un mari chinois ? (...)

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mercredi 8 décembre 2010

PARTIE A BORNEO : PART II,6 – LE VOYAGE - Taiwan

Taiwan : l’autre Chine


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L’escale de Kaohsiung avait été prévue pour durer un jour et une nuit. Swee Ann avait eu permission de s’absenter à terre et nous avions commandé un taxi pour Taipei, la capitale de la République de Chine qui regroupe l’ile principale de Taiwan et plusieurs ilets; Taiwan est séparée de la grande Chine par le détroit de Formose.

La route qui menait à Taipei traversait un paysage de basses Alpes; hors mis les arbres de la forêt, il n’y avait pas grand-chose à voir. En contraste les grandes avenues de la capitale offraient une impression d’espace. Il y avait peu de véhicules mais le code avait l’air tout à fait différent de celui auquel j’étais habituée; même à l’intérieur du taxi, je n’étais pas du tout rassurée.
Nous ne connaissions rien du pays et la ville manquait d’intérêt;  sans prospectus touristique nous avions eu un mal fou à poser des questions à notre chauffeur qui parlait soit le mandarin ou un hokkien (le vrai) qui avait peu en commun avec celui de Swee Ann (le hokkien après deux cent ans d’évolution au Sarawak).
Nous nous étions enfin retrouvés au musée de Tchiang Kaï Chek  l’ancien président de la Chine qui en 1949 avait été forcé par les communistes à s’exiler avec son gouvernement nationaliste. Tchiang Kaï Chek alias Jiang Jieshi était mort en 1975 mais il est resté le héro indiscutable de dix huit million de Taïwanais et l’inspiration pour leur réussite nationale, leur « miracle économique ».
Dans un pays où les encyclopédies en langues anglaise imprimées localement comptent plusieurs pages totalement blanches dans la rubrique « Chine » après 1949, nous avions été surpris de voir la Chine communiste reconnue d’une certaine façon au « temple » du héro nationaliste. Le musée avait une mission de propagande pro-nationaliste et anti-communiste. Les photos étaient là pour le prouver : Taiwan  progresse avec la science (photo d’appareils hospitaliers « High Tech » tandis qu’en Chine communiste les bouchers sont sans doute mieux équipés que les chirurgiens (photo d’une salle d’opération immonde). Nous avions compris.(...)

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"PARTIE A BORNEO"

Le "Hollywood taïwanais, une cité ancienne toute en toc"



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mardi 30 novembre 2010

PARTIE A BORNEO : PART II-5, LE VOYAGE - Singapour

·      Singapour : retour vers le futur     

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·       
           Jusque là les traversées avaient été courtes et nous recevions les programmes de télé des pays dont nous suivions la côte. Au large de l’Afrique ce fut le silence pendant trois jours avec le sentiment désarmant d’être absolument seuls sur la planète et sur la no man’s sea. Les ondes brouillées du Sri Lanka sont finalement apparues sur le petit écran du carré des officiers ; Colombo ne figurait pas sur notre itinéraire mais en découvrant les images télévisées j’avais l’impression de visiter un nouveau pays.

·        Quatorze jours de mer nous avaient rendus jusqu'à Singapour, la république du Merlion, créature mythique mi lion et mi poisson qui est devenu le symbole et la mascotte de l’Etat ilien qui se trouve tout au bout de la péninsule malaise, deux jours de mer au nord de Bornéo. (...)

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"Au bout de trois ans il en était ressorti la boule à zéro"

"A Jakarta où il s’était retrouvé dans un collège paramilitaire où la formation style commando était aussi importante que l’enseignement académique."


"les chaussures luisantes et prêt à embarquer, diplôme en main, pour faire ses preuves de cadet sur les navires"


"le Bouddah qui riait de se voir si gras (surtout après que je lui aie chatouillé le ventre)"
"au milieu de scènes de légendes"

"Nous avions passé une journée à nous extasier et surtout à rire"

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